Présentation subjective

Mon projet littéraire est assez simple. Je n’invente pas des fables lointaines. J’écris sur ce qui m’est proche, familier, sur les lieux et les situations que je connais intimement. J’utilise l’écriture comme un outil d’exploration de l’existence et du monde. Quand je commence à écrire sur un thème, je ne sais pas encore si cela va donner un roman ou un essai. La frontière entre les genres ne m’intéresse guère ou me paraît pouvoir être transgressée. L’essentiel est plutôt de mener une enquête, d’aller jusqu’au bout d’une obsession.

Mes essais se répartissent en deux grands ensembles. Je souhaite déployer une philosophie sceptique adaptée à notre temps un néo-scepticisme , tâche commencée avec Comment vivre lorsqu’on ne croit en rien ? et poursuivie avec Devant la beauté de la nature. Cette recherche va m’occuper encore longtemps !

Par ailleurs, j’ai voulu cerner des enjeux existentiels plus précis, comme la place de l’ivresse dans nos vies avec Se noyer de l’alcool ?, celle du baiser dans les relations amoureuses avec Contribution à la théorie du baiser ou encore l’impact des nouvelles technologies avec Ce qui nous relie.

Une proposition philosophique en cours de construction : le néo-scepticisme

Les sceptiques sont ceux qui n’adhèrent à aucun dogme religieux ou idéologique, qui considèrent qu’ils n’ont pas d’explication complète du monde, pas de définition définitive du bien et du mal, et qu’ils ne détiennent aucune vérité absolue. Par là, le sceptique se méfie des croyants, des militants, mais tout aussi bien des positivistes. Il cultive le doute et, avec lui, une sorte d’apesanteur, d’ouverture. Je crois que nous sommes nombreux à vivre ainsi, dans l’incertitude. Le projet du néo-scepticisme est de donner une dimension pleinement philosophique à cette manière de voir assez répandue, mais pas toujours bien articulée ni explicitée.

Pour l’instant, le projet se décline en deux volets.

Une morale sceptique :  Dans Comment vivre lorsqu’on ne croit en rien ?, je présente les sceptiques de l’Antiquité. Si l’on connaît bien Platon, les stoïciens ou les épicuriens, ces penseurs-là sont restés dans l’ombre – qui a entendu parler d’Arcésilas, de Pyrrhon ou encore de Sextus Empiricus ? A partir de ces sources antiques, je tente d’imaginer une philosophie morale adaptée à notre temps. J’en viens ainsi à avancer un quadruple remède sceptique, qui se décline en quatre conseils de vie plutôt faciles à appliquer : « Ne perds pas ta vie à poursuivre un but illusoire ; ne choisis jamais ; obéis toujours à ton désir le plus grand ; admire aussi souvent que tu le peux les apparences de ce monde. »

Une esthétique sceptique : comme le suggère le dernier conseil, la sagesse sceptique conduit à l’admiration des apparences de ce monde. C’est ce qui m’a conduit à m’intéresser à la question de la beauté de la nature – de plus, j’ai toujours ressenti le besoin d’être à la campagne, en forêt, à la montagne, en tout cas devant de beaux paysages, de grands espaces. S’il l’on est sceptique, il n’y a pas de mystère plus profond, ni de question métaphysique plus urgente que celle que posent les couchers de soleil : comment expliquer notre émerveillement ? Comment se fait-il que les êtres humains n’aient pas seulement un rapport instrumental, mais également de contemplation et de fascination avec la nature ? Et la beauté des paysages naturels n’est-elle pas notre plus grande consolation face à la mort, bien plus que la croyance en un hypothétique au-delà ? Ces questions sont à l’origine de Devant la beauté de la nature.

Deux autres essais de ce cycle sceptique sont à l’état de chantier, mais il me faudra entre cinq et sept ans pour les terminer.

Explorer des passions 

L’alcool. Se noyer de l’alcool ? traite de l’expérience de l’ivresse, de l’alcool et de l’alcoolisme en prenant pour guides les grands écrivains de la période moderne qui ont consommé et pensé les boissons fermentées – de Baudelaire à Bukowski, de Brecht à Duras, de Steinbeck à Exley.

Le baiser. Contribution à la théorie du baiser recense les différentes nuances émotionnelles et esthétiques de l’acte d’embrasser. Il s’agit d’une ballade en compagnie des poètes, des historiens, des philosophes et des cinéastes qui se sont intéressés à ce geste érotique. Le livre a une forme mixte : un chapitre sur deux évoque l’histoire intellectuelle et artistique du baiser depuis l’Antiquité romaine, un chapitre sur deux est consacré à des souvenirs et des expériences personnelles.

La technologie dans nos vies. Ce qui nous relie se demande comment l’apparition du Web, en 1989, et le développement global du réseau a modifié la société et la politique. Pour écrire cet essai, je suis allé rencontrer à plusieurs reprises Julian Assange en Angleterre, mais aussi Peter Thiel et les directeurs de programmes de l’Université de la singularité technologique en Californie, et je suis entré dans les dossiers d’un complotiste vivant au Paraguay. Et si le réseau était notre nouveau théâtre des opérations, s’il fallait en mesurer les effets pour savoir comment se comporter dans notre époque ?

Une collection d’idées vécues. Pour que la philosophie descende du ciel reprend une sélection d’éditos parus dans Philosophie Magazineentre 2006 et 2016. Tous ces textes ont un point commun : ils définissent une grande notion de la philosophie (l’éducation, la morale, l’art, le langage…) à travers un souvenir, une conversation, une situation, bref une expérience vécue qui fournit un tremplin pour la réflexion.

La pulsion de meurtre. La Grâce du criminel s’intéresse à la psychologie des grands criminels de roman, chez Dostoïevski, Faulkner, Genet, Duras, Capote, Ellroy et bien d’autres. J’ai voulu croiser les outils de la critique littéraire et de la criminologie. Etant donné que les meurtriers mentent à leurs proches, aux enquêteurs et aux psychiatres, n’a-t-on pas un meilleur accès à leur véritable état d’esprit dans l’espace de liberté de la littérature ?

Et aussi… la télévision

Enfin, Le Téléviathan est un pamphlet contre la télévision écrit dans des circonstances spéciales. Je ne renie pas ce pamphlet, mais il est sans doute moins d’actualité qu’auparavant. Le moment télévisé de l’Histoire de l’humanité, qui a débuté à la fin des années 1960, touche heureusement à sa fin. Comme me disait mon fils adolescent l’autre jour :

« Tu sais, papa, celui-là, c’est un vieux.

– Pourquoi ?

– Parce qu’il regarde la télévision. »

Dont acte : éteignez la télévision et vous rajeunirez.