Pour que la philosophie descende du ciel

Allary éditions, 2 février 2017, 235 pages
EAN : 978-2-37073-117-3

L’extrait


Du café. À la question : Qu’est ce que la philosophie ?, si je devais répondre en deux mots seulement, je dirais : du café. Ni religion, ni réserve de sagesse, ni protocole thérapeutique, ni science exacte, la philosophie est cette discipline à part qui relance la pensée en nous.

Car la pensée retombe toujours en deçà d’elle-même, elle s’endort. Personne ne sait se mettre à penser, ni vous ni moi, c’est presque une tâche surhumaine. Les forces coalisées de la société, du monde professionnel, de la famille, des loisirs, les routines innombrables, la fatigue, le vieillissement : tout conspire à nous empêcher de penser. Il y a bien ces grands problèmes – l’amour, la mort, le sens de l’existence –, qui nous turlupinent par moments et que nous aimerions résoudre, mais, quand nous commençons à les examiner, ils se dérobent. Nous butons sur un mot, une abstraction, une difficulté de compréhension ; ou bien une sensation trop vive vient éteindre la faible flamme de notre méditation naissante, un divertissement survient ; ou bien nous avons une tâche urgente, une course à faire, et c’est fini. Le grand problème s’est éclipsé. Ce n’est pas grave, nous penserons mieux ce soir, avant de dormir. Ou demain. Un autre jour sans doute… Tout bien considéré, nous ne nous sentons jamais en condition pour affronter les grandes questions, quand bien même elles touchent au fond de notre condition.

Sauf qu’il y a la philosophie… Cette discipline passe par la lecture ou par la parole, elle a des courants, des grands noms, des références, une histoire propre, mais finalement, rien de tout cela n’importe : la philosophie ne s’acquiert pas comme un savoir, son enjeu est différent. Le grand philosophe est celui qui réveille notre pensée, tandis que le bercement de la banalité l’engourdit. La beauté du geste philosophique, c’est qu’on ne devine jamais comment le philosophe va s’y prendre.

Le thème


Ce livre propose de définir brièvement une cinquantaine de notions classiques de la philosophie – comme la morale, Dieu, l’art ou la nature – en partant chaque fois d’une expérience vécue, d’un souvenir, d’une conversation qui sont autant de déclencheurs de pensée. En fait, il s’agit d’une introduction à la philosophie mais qui n’est pas destinée à des scolaires.
La matière première du livre, ce sont des articles publiés entre 2006 et 2016 dans Philosophie Magazine.

Revue de presse

Robert Maggiori, Libération, 17 janvier 2017

« On se demande où elle pourrait aller, la philosophie, si elle descendait du ciel (des idées) dans lequel on l’a installée. Platon, qui n’a pas peu participé à la situer là-haut, dispensait déjà, à côté de son enseignement ésotérique – réservé aux happy few qui se préparaient à habiter les hauteurs – un enseignement exotérique, ouvert à tous (les citoyens). Si la philosophie descendait du ciel, elle irait donc résider au coeur de la Cité, là où a lieu la discussion publique. Mais elle cesserait aussi de dire que « les choses ne sont pas telles qu’elles apparaissent », que le réel qu’on perçoit n’est pas la « vraie réalité », et peut-être sortirait-elle du « délire millénaire » que la « tradition idéaliste a organisé ». C’est à cette descente de la philosophie sur la terre solide de l’expérience – déjà bien entamée, quand même – qu’appelle le directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, Alexandre Lacroix, pour qui « les idées sont de simples événements de notre vie », ou un ensemble d’expériences vécues – relatives à l’amour et à ses chagrins, à l’erreur, à l’éducation au courage, à la lucidité, la mort ou le travail, et décrites avec brio en une cinquantaine de courts textes. »

Frédéric Pagès, Le Canard enchaîné, 15 février 2017

« Ces courts textes, tirés d’éditoriaux et d’articles parus dans Philosophie Magazine, réécrits et enrichis, sans rien qui pèse ou qui pose, se dégustent agréablement. Alexandre Lacroix y remarque que « les écoles sont des lieux ouverts le jour : c’est qu’éduquer est, par nature, une activité diurne, solaire ». Le mauvais maître « ne laisse pas aux jeunes la liberté d’entrer pas à pas dans la nuit, mais il les y pousse sans ménagement. ». L’auteur plaide pour le droit à la paresse, là où on ne l’attend pas forcément : « Les universitaires et les intellectuels de notre temps travaillent trop. Ils passent trop de temps à lire, écrire, à exposer, à colloquer (…). Pour penser bien, il convient de penser peu. » Bien vu, mais il faut quand même une dose minimale. »