Alexandre Lacroix a publié dix-sept livres.
Il est directeur de la rédaction de Philosophie Magazine et enseigne l’écriture créative à Sciences-Po Paris.
Il est président et cofondateur de l’école d’écriture Les Mots.

Il dirige la collection « Les Grands Mots » chez Autrement.
Marié, il est père de cinq enfants.

© Claude Gassian / Flammarion

Chronologie subjective

1975

Je nais à Poitiers.

1981

Un soir à six ans, je prends la décision d’écrire. Je cours au Prisunic acheter des feuilles et rédige, durant les mois suivants, un conte que j’ai perdu, L’Orfelin. Je ne me souviens que des premiers mots : « Il était une fois un orfelin qui marchait le long d’un marécage et qui avait envie de pleurer. » Pourquoi orfelin avec un f ? Parce que j’ignorais tout de l’orthographe.

1987

Année de la mort de mon père, violente, qui annonce la fin de l’enfance. De cet événement, est né l’adulte que je suis devenu. D’un seul coup. Cette brutale irruption de la mort et du deuil dans une vie a été le sujet de mon premier roman, Premières volontés. Mais aussi d’un livre sur l’enfance écrit plus tard et appelé, sans surprise, L’Orfelin. La dépression, la douleur, l’alcool, tous ces orages traversent plusieurs de mes livres.

1998

Cette année-là, je publie mon premier roman. J’obtiens mon diplôme de Sciences-Po et une maîtrise de philosophie. J’ai déjà une licence d’économie dans la poche. Ni agrégation, ni CAPES, ni doctorat, je ne pousserai pas plus loin les études. À mes yeux, ces études étaient surtout une sorte de dette à payer à la société, une manière de m’acquitter d’un devoir. Les cours de philosophie de la Sorbonne, dans les années 1990, étaient désespérants de lenteur et d’ennui ; les professeurs n’ayant aucune estime pour les élèves préparaient à peine les cours et délayaient des commentaires de texte scolaires pour occuper le temps. Je crois que les choses ont changé. L’adieu aux études fut en tout cas un soulagement.

1999-2005

Période la plus formatrice. Je vis à la campagne, dans le sud de la Bourgogne, près de Cluny. Je lis et j’écris toute la journée. J’ai du temps. Peu d’argent (quelques droits d’auteur, quelques piges, quelques cours ici et là…), mais beaucoup, beaucoup de temps. La rencontre avec l’éditeur Roland Jaccard, mais aussi avec Frédéric Pajak, qui dirige le journal L’Imbécile, où publient Philippe Murray, Clément Rosset ou encore Frédéric Schiffter, va être marquante. Ce petit groupe d’auteurs apprécie la noirceur, la pensée négative et le vin. Je me mets à écrire des articles et des reportages pour L’Imbécile.

2005

Retour à Paris après une rencontre décisive avec Fabrice Gerschel, qui veut investir ses propres fonds pour créer un mensuel de philosophie. Le premier du genre. Personne ne croit à cette idée, jugée farfelue. Du coup, il me propose d’être son rédacteur en chef. Dans l’année qui suit, une équipe se compose, Martin Legros et Michel Eltchaninoff rejoignent l’aventure. Le premier numéro de Philosophie Magazine paraît en 2006. Contre l’avis des Cassandre, le succès est au rendez-vous.

2012

Mariage dans la petite commune de Toirano, en Italie, avec Chiara. J’étais contre le mariage. Je ne suis plus contre le mariage. Comme quoi, tout change. La lumière de cette après-midi de mariage, le soleil jouant à perte de vue sur la Méditerranée, était superbe.

2017

Il y eu, cette année, une date vraiment étrange : le 30 janvier. J’ai passé la nuit à la maternité de Port-Royal, où est né mon dernier enfant, un fils. Une fois le bébé lavé (contre l’avis des sages-femmes qui veulent désormais laisser les nourrissons dans leur jus, je ne sais pourquoi), adouci, réchauffé, emmailloté et endormi, et la maman hors de danger et sommeillante elle aussi, j’ai pris un vélo pour rentrer me reposer. Il était midi et demi. En passant rue Dante, j’ai entrevu à travers la vitrine Yannick Haenel qui donnait son premier cours d’écriture aux Mots, devant huit ou neuf personnes. Ce même 30 janvier, donc, mon fils est né, et l’école d’écriture créative à laquelle j’ai tant travaillé – avec Elise Nebout, qui la dirige – a ouvert ses portes. Et pour boucler la boucle : mon père est né un 30 janvier. Mais je ne crois ni à la prédestination ni aux nombres. Simple faisceau de coïncidences. Une vie peut-elle être autre chose qu’une concrétion de hasards ?