Être sur terre, et ce que j’en retiens

Calmann-Lévy, 2001Repris en Pocket, 2004283 pagesISBN : 2266125079

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L’extrait


« Ils longent la plage. Le sable tire sur leurs jambes. Ils arrivent au pied d’une falaise, où les vagues ont sculpté des arcanes, des rondeurs. La lumière du matin vire de l’ocre au blanc cru, intolérable. Francis ouvre la marche. Baptiste respire régulièrement, il va chercher au plus profond cette respiration du ventre qui permet de maîtriser ses émotions. Le bruit de leurs pas fait fuir quelques renards, pelages confondus avec les pierres rousses. Rodolphe se demande si ces renards en liberté attaquent. »

L’histoire


Deux amis, Francis et Baptiste, se retrouvent pour un étrange anniversaire : ils fêtent ensemble la prescription d’un crime qu’ils ont commis dix ans plus tôt, lors de vacances au sultanat d’Oman. La victime, Rodolphe, était un camarade de classe. Ils venaient, à l’époque des faits, de passer leur bac… Les deux complices passent toute la nuit ensemble à parler et à boire et revivent ces dix années. Ils constatent à quel point le poids du secret, la culpabilité les a transformés. Ce roman qui entremêle conversations débridées, extraits de journaux intimes, lettres, poésie et prose, tantôt lyrique et tantôt cru, a été adapté pour la scène par Alexandre Foray au théâtre El Rio de Grenoble en 2002 et a inspiré une musique originale au chanteur Jull.

Revue de presse

Philippe Le Guillou, Le Figaro Littéraire, 25 octobre 2001

Le dîner de prescription vient boucler dix années d’errances, d’ivresses et de divagations diverses. Alexandre Lacroix nous fait entrer dans le passé de ses personnages que l’on suit au gré de leurs déambulations parisiennes, de leurs études, de leurs séductions, de leurs vertiges, de leurs nausées. En cela le roman est le miroir des années 90, d’une époque que ne soulève aucun idéal, d’une génération qui refait le monde dans un déluge de mots et de verres, dans la nuit glauque des petits bistrots de quartier et des chambres à l’air confiné où l’on mène d’improbables introspections.

Le ton est toujours d’une grande pertinence, sans doute parce qu’à sa manière le romancier est un fils de cette génération dont il sait exorciser les poisons.
Mais le roman – et c’est là sa réussite – ne se limite pas aux échanges des compères. Il comporte toute une diversité de fragments et de voix, il s’épanouit en une polyphonie qui rassemble des éléments aussi variés que des extraits de journal intime, les comptes rendus d’une analyse, des passages plus ludiques, de courts textes qui ont la fulgurance du poème. D’autres horizons, d’autres milieux, d’autres explorations s’ouvrent : on est dans le Sud sur les lieux d’un tournage qui vire à l’orgie, en Bourgogne dans un château glacial où se pratiquent d’étranges rites charnels, ou encore au dernier étage de la tour de Totalfino dans le bureau d’un certain Monsieur Tanguy Desmarquet. Toute ressemblance…

Dans cette exploration réaliste et lucide d’une génération et d’une époque, Alexandre Lacroix fait montre d’une belle virtuosité. Le pari romanesque de son dîner de prescription au bord du gouffre joue pleinement, on l’accepte et l’intérêt du livre ne faiblit jamais. Les voix, les tons s’enchaînent, les deux destins du duo d’Oman s’imposent, on les accompagne et on les reconnaît. Surtout, ce qui fait que l’on ne quitte plus ce roman dès que l’on s’est attablé en compagnie des dîneurs crépusculaires, c’est son rythme : la construction du récit, la phrase, l’orchestration des différentes voix, le ton, tout est juste et vif. Alexandre Lacroix est un écrivain : la chose mérite d’être dite et saluée ! »